Et si nos “traditionnelles“ visites guidées devenaient des visites-explorations, avec un scénario puissant et des pédagogies sensorielles ?

On connait le succès des nouvelles formes de visites guidées que l'on appelle “décalées“, “animées“, “insolites“, immersives ou encore expérientielles... Les récentes découvertes des sciences cognitives confirment les intuitions et les expérimentations des pédagogies différenciées. Les découvertes sur le cerveau nous montrent en effet qu'un corps actif apprend mieux, que l'émotion est une large porte d'entrée sur l'apprentissage. Pas de visite réussie sans un scénario programmant, un “embarquement fort“ comme dans un film et un final en Waouh... De même, les “petites histoires“, celles qu'on lit ou qu'on regarde sur netflix sont essentielles pour nous situer en termes de valeurs, de choix. Ainsi les histoires vraiment racontées par un guide-conteur rendent nos visiteurs 100% vivants !

Expérience vécue - Fin Septembre dernier, dans la cour du Musée des Arts et Métiers à Paris, nous animons la formation à la visite sensorielle des patrimoines.

L'exercice du matin consiste à mémoriser durant 1 minute les détails de la facade du musée. Dix Guides-Conférencières se collent au jeu !

Au bout des 2 minutes le groupe se retourne et des questions sont posées sur les détails de la facade.

Deux participantes sont visiblement très à l'aise, et quatre n'ont aucune réponse. Comme un sentiment de honte qui surgit parmi ces membres qui en débrieffant l'exercice expliquent que “c'est la même chose depuis tout petit!“ -  “J'ai pas de mémoire...“ entend-on.

On enchaine avec un nouvel exercice beaucoup plus engageant cette fois. Il s'agit de jouer un dialogue imaginaire entre les deux apollons qui contemplent les ciels de Paris depuis le haut du bâtiment. Le groupe s'anime avec joie et enthousiasme, on rit, on s'investit... Le résultat est immédiat : “Ah et bien là je me souviendrai à jamais de cette facade dit l'une d'entre nous...“

Les scientifiques nous disent : un corps actif que l'on surprend apprend beaucoup mieux.

De nombreuses expériences, chez l’animal comme chez l’homme, au laboratoire ou à l’école, démontrent qu’un organisme passif n’apprend pas.“ nous explique Stanislas Dehaene du Collège de France dans une conférence passionnante du 3 février 2015 sur les fondements congnitifs des apprentissages scolaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stanislas Dehaene prolonge “ Chez tous les êtres humains, comme chez l’animal, la surprise, c’est-à-dire le décalage entre les attentes et la réalité, joue un rôle déterminant dans l’apprentissage. Chez l’enfant, les travaux récents de Lisa Feigenson montrent que, dès qu’un événement visuel inattendu suscite une réponse de surprise chez l’enfant, cette surprise s’accompagne d’un apprentissage accru.“
 

20 touristes d'une visite guidée, c'est 20 cerveaux, 20 corps, 20 sensibilités, qui appprennent différemment !

Ces recherches sont donc questionnantes pour le conférencier qui n'utilise qu'un seul mode de guidage, la voix et la vue... Dans sa théorie des intelligences multiples, le scientifique Howard Gardner distingue 9 types d'intelligences, que chacun de nous possède, mais à des degrés très divers : l'intelligence verbo-linguistique qui marque notre capacité à utilsier les mots pour se faire comprendre, communiquer, interpreter, enqueter... L'intelligence spatiale, c'est notre capacité à être à l'aise dans un espace, mais aussi se répérer s'orienter... L'intelligence du rythme et de la musique... Chacun apprend avec ses dispositifs privilégiés, mais on estime que 30 à 40% des personnes n'apprennent rien en ecoutant quelqu'un parler et montrer quelque chose ! Ainsi 1/3 des clients d'une visite guidée sont “exclus“ de l'apprentissage des visites guidées dites “traditionnelles“.

“L'enseignement qui dévoile tout, peut tuer la curiosité“ donc ...expérimentons !

Les résultats obtenus par deux chercheurs en sciences cognitives (Bonawitz et coll. en 2011) démontrent que “l'enfant à qui on fournit un enseignement trop explicite et de façon répété perd la curiosité d'exploration de l'objet. Plus précisément, lorsqu’un expérimentateur, de façon répétée, dévoile la totalité des fonctions d’un jouet, les enfants, confrontés à un jouet nouveau, n’ont plus la curiosité d’en explorer toutes les facettes.“

Ces recherches sont donc questionnantes pour le conférencier qui n'utilise qu'un seul mode de guidage, la voix et la vue...

Un engagement actif de l'apprenant est nécessaire. il est donc très important de susciter l'envie, par le plaisir dans l'activité. Et comme chacun de nous a un mode d'apprentissage prédominant, en marchant, d'autre en touchant, plus les exercices d'apprentissages seront variés, plus chacun y trouvera son compte.

C'est donc là que les exercices multiples et réjouissants de la visite animée interviennent comme de fabuleux moteurs de l'attention. Le visiteur est actif, il a des retours d'informations, des messages d'erreurs dans les exercices qu'il effectuent.

 

Avec une histoire bien racontée, c'est 100% de visiteurs attentifs !

Nous écoutons, lisons, racontons environ 12 histoires par jour ! Les histoires sont pour l'homme, le lieu le plus fort de son être en réflexion. Les histoires dans le métro, à la machine à café, le film au cinéma... Toutes ses histoires sont essentielles à notre équilibre. L'homme est donc très en éveil dès qu'une histoire se raconte. Un véritable piste à suiver pour les guides et à associer au cadrage de leur visite dans un scénario anticipé de 10 temps nécessaires de l'accueil brise-glace au temps d'echange final, avec un embarquement, des surprises, un climax, etc.

Pour s'amuser ou pour apprendre ?

Les guides conférenciers peuvent très facilement se former aux techniques de la pédagogie sensorielle.

“Les jeux sensoriels mis en place dans les visites animées ne sont pas “un détournement de l'attention“ comme “les académiques“ nous le reprochent, explique Bruno Tamaillon Directeur de TAMS, mais sont bien un service rendu aux visiteurs qui ont soif de curiosité !“ Il règne toujours en France une vision figée des patrimoines et des modes d'apprentissages, c'est désolant, car on laisse au bord du chemin de la connaissance de nombreuses personnes ! L'expérience immersive n'est pas un effet de mode, mais bien un service rendu.

Bruno Tamaillon, le 20 Mars 2017

En 2018, Plusieurs formations sont ainsi programmées par les formateurs de TAMS

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