Créer un escape game, ou une visite en famille avec un caddie rempli d'expériences à vivre...

L'escape-game fleurit à l'automne... pourrait murmurer la chanson ! Alors qu'une formation destinée aux professionnels du tourisme et des patrimoines aura lieu cet automne à Toulouse (voir ci après), force est de constater qu'il n'est pas si simple de conjuguer visite, énigmes, jeux, difficultés, peur, adultes, enfants, etc... Alors que la demande est forte d'en savoir plus sur le sujet, nous vous proposons un petit éclairage sur la place potentielle du jeu comme moteur de visite. Nombre de territoires déploient, jeux de fidélisation, animations interactives, chasses au trésors avec lots à gagner, livrets à énigme… Si l’intention est bien sûr excellente, le succès est parfois compliqué à obtenir. Partage d’expériences et de quelques convictions !

Caddie, sacoche, valise à roulettes, la famille peut visiter aujourd'hui un patrimoine au rythme des expériences que le site lui propose... Bienvenue dans le monde de la liberté d'explorer

Villages Natures Paris® a ainsi créé en 2017, une aventure exploration de ses jardins extraordinaires. Ici aucune place au numérique, la famille de 2018 veut déconnecter ses enfants ! Elle va donc louer une sacoche pour moins de 20€ et partir visiter les jardins avec pas moins de 18 expériences à vivre. Création TAMS 2017

Ailleurs, pour visiter un musée ou un village, la famille est plongée dans une histoire décalée de la réalité, mais crédible.

La fontaine de Cerdon ne coule plus… Lucia et Milpato sont tenus prisonniers par les volvicius dans le carillon du château de Montluçon… Géotif, jeune spationaute de l’an 3000 recherche une molécule salvatrice dans les rues de Bourg-en-Bresse…

La famille Dupuis, avec Claire la maman, Zoé 7 ans et Kevin 9 ans achètent à l’Office de Tourisme un sac de jeu contenant des objets étonnants : un parchemin, une gourde transparente, une ficelle, une loupe, un plan énigmatique, beau mais sans nom de rues…

Zoé devient la chimiste, Kevin le chevalier Norbert, et maman la belle Claudon. La famille part à l’aventure dans les ruelles de la ville. On observe, on saute, on mesure, on cherche une trace…

Au bout d’une heure trente, pas de sucettes ou de carte postale, non ! …A Cerdon, Zoé déclenche un puissant jet d’eau à la fontaine asséchée, grâce à la formule magique que la famille a recomposée sur 4 manettes codées et à Montluçon, kevin déverse une fiole de poison turquoise dans les souterrains de la ville.

 

Pour jouer en famille avec des enfants < 8 ans, le support d’une histoire est nécessaire.

La famille découvre un univers original fait de personnages et d’une dramatisation propice à lancer un défi, une enquête, une chasse au trésor. L’histoire trouve sa source dans les ambiances des lieux où se déroule l’aventure. Les enfants vont prendre la peau d’un des personnages qui leur est présenté, et porter ses outils qui permettent de résoudre l’énigme posée.

“Jeu en famille“ tourisme

L’émergence d’un univers merveilleux* dans un jeu en extérieur se puise à l’atmosphère particulière émanant du lieu, comme une sorte de “tension“ que le public ressent intérieurement vers la rencontre d’un univers “possible“ que seule l’imagination de l’enfant qui est en nous fait jaillir. On travaillera sur l’émotion (on se rappelle de l’émotion, peu du contenu) et cette émotion est contagieuse. Pour cela une fine analyse des sensations générées par le lieu sera le préalable à toute action. Dans quel univers sommes-nous projetés en pénétrant ce site ?

Quelle ambiance génère naturellement le lieu (le froid ? la peur ? une période historique ? un animal ? une vie sociale ?…)

Le créateur du jeu doit veiller à la crédibilité de l’univers du jeu qu’il invente avec le décor réel des lieux. Les parcs d’attractions créent les décors de l’histoire qu’ils vont raconter, ici on crée l’histoire en fonction des décors réels existants. Un cahier des charges précis permet de valider ou non la possibilité de créer une aventure-jeu® dans un site, c’est une liberté que nous revendiquons et argumentons en souhaitant ne créer que des jeux qui trouveront leur public durant 5 ans au minimum.

 

Faire jouer une famille, c'est allumer des moteurs de jeux.

Créer un jeu pour une famille revient à créer un ensemble de jeux adaptés à des âges différents. Plus on grandit, plus on acquiert de compétences permettant de jouer à tous types de jeux. Chaque âge à son mécanisme préférentiel de jeu, comme le montre le modèle de développement de l’enfant de Jean Piaget. Tandis, par exemple, que les enfants de deux à six ans sont dans la mise en scène des personnages (jouer à la poupée ou avec des petits personnages en plastique), les adolescents apprécient les jeux de stratégie et le défi.

Par ailleurs, chaque famille appréhende le jeu selon son identité familiale. Certains vont prendre le temps de goûter la gratuité du jeu, d’autres feront courir leurs enfants pour trouver le trésor !

Mais on peut repérer des éléments clés incontournables pour la réussite d’un jeu en famille :

  • l’incertitude, la part de surprise (on n’est pas certain du résultat final) ;
– le rythme, à impulser dès le départ dans une forme d’urgence
  • la dimension fictive et symbolique, qui va embarquer dans un monde imaginaire (par exemple : trouver un bâton et en faire une épée)
  • la scénarisation du jeu par la fiction
  • la progression dans le jeu vers un final réussi
  • l’alternance des différents types de jeu, pour des temps gratuits avec les tout petits
  • l’information sur le déroulement du jeu (le participant doit savoir où il en est dans le jeu, au début? A la fin?)
  • la relance du jeu (qui va faire que tous les participants vont aller jusqu’au bout)
  • l’exercice physique (les jeux moteurs sont de grandes ressources à ne pas oublier pour tous les âges).

L'escape game, une aventure à ne pas mettre entre toutes les mains.

Il y a 10 ans, nos chers élus voulaient tous une aventure sur smartphone, maintenant, ils veulent tous un escape game au chateau !

Sous l'appelation escape game, on trouve à boire et à manger. Cet été au gré de nos tests, nous avons vus sous ce terme des jeux de pistes, des jeux d'aventures animés, des visites bien ou mal théatralisées, etc... Mais rarement le véritable escape game, qui met en jeu une libération physique du joueur au bout de sa capacité à résoudre une énigme, ou au bout d'une heure d'aventure, celui-ci semblant complexe à mettre en oeuvre et donc encore réservé aux lieux exploités pour cela.

L'Escape game est à manier avec prudence... Il met en jeu des ressorts dont seuls les ados et adultes sont équipés, à savoir la capacité psychologique de gérer le stress d'un enfermement, dans un temps donné, et à répondre à des questions. L'enfant de moins de 8 ans va entrer dans l'escape game comme dans la vraie vie et vos allez lui infliger un véritable stress, alors que l'on est là pour s'amuser !

Les énigmes et les questions, bien torturées, par le cerveau (qui l'est non moins) du concepteur, seront résolues par des cerveaux ayant été équipés du plaisir de la compétition, c'est à dire un cerveau de plus de 10 ans...

On en déduit vite que toutes les familles ne sont pas adaptables à un escape game.

Bruno TAMAILLON – Directeur de TAMS CONSULTANTS - www.tams.fr - tamaillon@tams.fr

 

Formation à la création de visites-explorations, les 10 et 11 Octobre 2018 à Toulouse