Quand les tout-petits de 0 à 5 ans, s’émerveillent dans les patrimoines…

Musée de Flandre en 2014, Château de Versailles en 2019, depuis une dizaine d’années, dans les lieux de visites, les musées, les offices de tourisme, on voit émerger une nouvelle demande de la part de jeunes parents : “Qu’est-ce que je peux faire avec mon tout-petit ?“ Marie TAMAILLON en charge du Pôle Pédagogies actives chez TAMS nous explique pourquoi vivre un temps au musée avec son très jeune enfant, semble être pour le parent une petite merveille de bonheur que nos objets d’art peuvent offrir… La visite des tout-petits au musée, comme un temps du “prendre soin“.

Une enquête récente auprès de familles qui voyagent, (Etude ETC Snapshot 2016 tourisme familles – 33000 familles voyageuse des 5 continents) montre que les deux âges où l’offre est rare ou peu adaptée dans lieux patrimoniaux, sont les tout-petits 0-6 ans et les ados. Alors que le Canada et l’Amérique du nord furent moteur sur le sujet depuis 15 ans dans leurs “musées des enfants“ et les musées d’art, nous voyons naitre en France des initiatives originales, adaptées à notre vision particulière de l’art.


Qu’est-ce qui motive les parents à vivre un temps au musée avec “un si petit enfant“ ?

Pour les parents, un temps au musée avec leur tout-petit, c’est la réponse à un désir fort d’inventer une tendresse nouvelle, une éducation originale et joyeuse, explique Marie TAMAILLON, responsable des pédagogies actives et des expériences Jeunes Publics chez TAMS. Moment unique et magique, la visite va renforcer fortement le lien entre le parent et l’enfant. Pour le parent c’est la possible prise de conscience du mode d’apprentissage très étonnant d’un tout-petit, qui découvre par lui-même, avec le plaisir comme carburant. C’est un peu comme vivre un spectacle de théâtre pour enfants. Pour le(s) parent(s) ou grands-parents, c’est une découverte émerveillée des capacités de l’enfant. Un possible temps d’admiration de ce qui s’éveille dans le corps de l’enfant.“

Ainsi, le Musée de Flandre à Cassel dans les Hauts-de-France, sous l’impulsion de sa conservatrice Sandrine Vezilier-Dussart, inventa en 2014 une visite de sensibilisation à l’art, qui évoluera chaque année et s’appelle aujourd’hui, la balade de Pierrot.

©Nord tourisme

“Les œuvres choisies doivent être “connectées“ à la vie quotidienne des enfants : paysages, animaux, scènes de fêtes et de joie, explique Marie Montet-Gourdon, responsable du Service des Publics au Musée de Flandre. Les activités de mimétisme ponctuent la visite : on marche par exemple, sur des tissus représentant une large rivière sur un tableau, ou on ramasse des champignons en papier... Les comptines et les chansons s’associent aussi à soutenir l’ambiance qui se dégagent des tableaux ou des objets exposés. Deux incontournables chez nous, continue Marie Montet-Gourdon, la visite dure 45 minutes maxi et les poussettes et porte-bébés restent à l’accueil pour permettre à chaque enfant une liberté de ressenti ou d’expression avec son corps…

 

Quoi montrer lors d’une visite avec des tout-petits ?

Avec le tout-petit, on va aller vers les odeurs, les couleurs, les ambiances, l’imaginaire que génère un tableau, une sculpture, un espace, nous détaille Marie Tamaillon.  Le petit peut aussi devenir guide d’une visite pour son doudou. Il pourra ainsi découvrir et verbaliser en même temps, puis raconter son ressenti à son doudou, et lui faire la visite à son tour. On peut aussi imaginer des temps durant lesquels se vit l’écoute de chants d’oiseaux, allongés dans les bras de l’adulte, comme un doux moment de musique intérieure…

Il s’agit ainsi de proposer un ressenti large, joyeux et diversifié d’un espace, grâce à tous les sens de l’enfant. L’enfant s’émerveille par lui-même et pour lui-même, il vit sa découverte à son rythme, selon le flux de vie, le ressenti (flux intérieur/ extérieur de son corps) qui se déploie durant l’expérience.

“Cette découverte est fondamentale pour les parents, car elle peut influencer leur manière d’accompagner l’enfant dans ses apprentissages, précise Marie Tamaillon. Il est essentiel que les parents découvrent cela dans la douceur de la petite enfance. Une famille qui prend une habitude d’apprentissage “partagé-admiré“ se donne de grandes chances de franchir toutes les étapes de la vie vers l’âge adulte. “

Les parents, à l’aune de la douceur de cet apprentissage, peuvent aussi y relire leur propre parcours et parfois mettre des mots sur leur propre vécu d’apprentissage de l’art ou de la beauté.

Mais qu’est-ce donc une merveille ?

Une merveille, c’est une découverte qui suscite un fort étonnement, étonnement qui stimule fortement l’imaginaire, qui ouvre au désir, à la vie pure... (Voir plus bas l'expérience de visites à L'Atelier des Lumières). Les objets étonnants peuvent aussi faire référence à la vie connue de l'enfant dans son quotidien. Le concepteur d’une visite pour les tout petits cherchera dans les objets potentiels de visites, les lieux, les œuvres, les espaces et les expériences sensorielles en capacité de faire vivre cette expérience “merveilleuse“.

Par exemple, les expériences suscitant de nombreux sens (sons, lumières, tapis à matières, marionnettes ou peluches “intermédiaires“, objets précieux, univers complets dégageant une “ambiance“ dans lesquels on entre…) seront à coup sûr choisies, car elle sollicitent les multiples sens et intelligences de l’enfant et du parent.

©Marie Tamaillon - au Musée du Quai Branly avec notre petite fille lors d'une visite contée.

Mon tout petit Versailles... 1 à 5 ans

Créée en 2019 par l'équipe pédagogique du Château, la visite “Mon petit Versailles“ est peut-être la première d'une nouvelle programmation.

“Au départ, les 3-5 ans je le sentais bien, mais j’étais dubitative sur les visites de 0 à 3 ans, reconnaît Lucie Manin-responsable du service pédagogique du Château de Versailles. Avec l’équipe nous avons créé le scénario de la visite durant la formation avec Marie Tamaillon et aujourd’hui la visite “Mon tout petit Versailles“ familles et enfants de 1 à 5 ans est un succès avec d’excellents retours des familles. Le fait de tenir une visite dans un lieu muséal en lui-même est déjà extrêmement important et que on peut se détacher un peu du propos sur les œuvres sans pour autant perdre en qualité et altérer la visite et la découverte. On est dans une sensibilisation à l’art dans le contexte particulier du musée.  Pour le Château de Versailles, la visite s’inscrit dans nos missions d’ouverture culturelle, de démocratisation, d’accès à la culture pour tous. Notre équipe est déjà en train de créer une nouvelle visite avec un rapport plus sensible aux œuvres.“

Photo Visite « Mon tout petit Versailles » © EPV / Jean-Christophe Bardot

Pour les enfants, quel intérêt d’aller au musée quand on a 1 an… ?

La beauté, l’harmonie d’un espace esthétique, sa dimension, les sensations dégagées par une oeuvre vont éveiller les sensations et les émotions de l’enfant.

L’enfant, dès que ses sens sont capables d’interaction intérieur-extérieur, ressent ce qui est beau, lumineux, intelligent. Il voit la lumière, perçoit l’atmosphère, capte et interprète les interactions autour de lui.

De plus, ce qu’il découvre dans une visite, il ne le découvre pas seul. Un parent est avec lui et cet être proche-complice de l’enfant devient un être qui rassure, interagit, lui aussi mu par ses émotions de grand.

Selon l’âge de l’enfant, il mettra des mots ou non sur ses émotions. Et poser des mots sur ses émotions permet à l’enfant de devenir plus conscient de qui il est.

C’est une habitude essentielle à susciter dans la croissance d’un enfant. Pour toute personne, enfant ou adulte, l’intelligence de ses propres émotions permet de grandir en confiance en soi.

La visite des tout-petits est un temps essentiel et protégé, d’éveil par les sens et les émotions qui jaillissent.

©fotolia

Proposer une visite à des tout-petits, c’est allumer un soleil…

La beauté fait du bien, elle apaise, ouvre l’esprit et le rend intelligent, car une intelligence se clarifie devant la beauté. De plus, une expérience de beauté renforce l’éveil des émotions, nourrit la personne par une sensation de plénitude.

La beauté ouvre l'esprit en rendant l'enfant à lui même : il éprouve la beauté, en prend conscience puis tisse des liens entre ce qu'il voit et ressent, exactement ce que signifie apprendre.

Dans ces visites c'est un cadeau formidable qui est fait au tout-petit : on le prépare à percevoir ce qui l'entoure, apprécier et ressentir la beauté, croitre, grandir, s’épanouir, comme une fleur qui s’ouvre au soleil du matin...

Quel objectif d’apprentissage pour le tout-petit ?

L’apprentissage sensoriel de l’enfant durant l’expérience n’est pas prévisible. Chaque enfant étant différent et la sollicitation des sens de l’enfant si riche que s’enfermer dans un objectif est une erreur.

On ne doit rien attendre de l’enfant en matière d’objectif d’apprentissage.

Parfois, un médiateur peut rester bloqué sur une “injonction à savoir“ malheureusement fortement induite dans nos patrimoines.

L’œuvre d’art est utilisée dans ce type de visite, dans son essence artistique même, c’est-à-dire sa capacité à émouvoir, donc mouvoir l’imaginaire de celui qui y est exposé.

C’est une invitation à vivre une découverte émotionnelle. Cela reste une invitation, gratuite, humble et admirante de la vie naissante qui apprend par elle-même.

Quelle posture pour le médiateur ?

“L’envie d’accompagner les petits dans leur expérience de découverte, est primordiale dans la posture de nos médiateurs“, confirme Marie Montet-Gourdon du Musée de Flandre. La posture du médiateur sera celle du facilitateur d’expériences et de liens à vivre entre les œuvres et les visiteurs et la famille en son sein. Et ceci dans la bienveillance avec les tout-petits et les adultes qui les accompagnent. Il n’y a pas de bonne et de mauvaise manière d’entrer dans un espace culturel.

Le seul résultat à viser dans ce type de visite, du côté des parents comme des enfants, est ce lien nouveau qui se crée dans la douceur d’une découverte commune.

Intérieur ou extérieur, le médiateur ne peut pas remplacer le parent-rassurant. Les espaces intérieurs sont des cocons, doux, apaisés. Les espaces extérieurs ouvrent aux sensations de la découverte, avec la lumière mouvante, la température sur la peau, le vent, la 3ème dimension d’une forêt, d’une branche mouvante, d’une fleur qui sent bon, d’un jardin et ses couleurs.

Le parent ou l'accompagnant sera toujours là pour veiller à rassurer son enfant parcouru par des émotions nouvelles. Ainsi il pourra être proactif des sensations nouvelles et fortes vécues par l'enfant. Dans ces visites avec les petits, les bras du parent doivent être toujours disponibles pour accueillir le petit et rassurer par sa présence corporelle, l’enfant qui apprend par tous ses sens et qui est un peu ainsi “hors de lui“, embarqué par ses sensations.

Peut-on créer n’importe-où, une visite pour les tout-petits ?

L’espace choisi doit avant tout être quasi-privatisé, calme et sécurisant, car l’attention de l’enfant doit être préservée et entièrement consacrée à la merveille proposée.

L’espace peut être lumineux, mouvant, clair, sombre, peu importe, ce qui compte c’est l’harmonie immersive de l’ensemble.

©TAMS

“J’ai eu l’occasion de visiter L’Atelier des Lumières à Paris, avec notre petite-fille de 11 mois, explique Marie Tamaillon. C’était assez incroyable, je ne m’attendais pas à voir un petit bout, réagir si positivement à cette expérience de lumière numérique très immersive. Les couleurs, le mouvement, la grandeur en font un espace particulièrement intéressant pour une telle expérience. D’abord nécessairement rassuré par l’adulte lors de son entrée dans la pénombre, l’enfant va petit à petit, pouvoir observer, toucher le sol, les murs. Plus les enfants sont petits, plus il est intéressant d’être dans du grand !

Même si l’enfant n’aura pas du tout mesuré l’ampleur de l’œuvre de Van Gogh, il aura été baigné dans une ambiance artistique riche et porteuse dans son éveil au monde.

Van Gogh ne serait-il pas heureux de voir un enfant s’éveiller, immergé dans ses œuvres ?“


Les 8 clés de réussite d’une visite avec les tout-petits.  ©TAMS Consultants

  1. Un médiateur qui porte l’envie d’accueillir avec bienveillance le tout-petit dans un objectif de douceur, de lien avec l’adulte qui l’accompagne.
  2. Un espace sécure.
  3. Des distances de déplacement réduites.
  4. Une durée limitée (pas plus de 30 à 40 minutes environ).
  5. Un fil rouge, une histoire dans la visite peut permettre d’embarquer le tout petit dans un bonus imaginaire, dans un merveilleux.
  6. Un rythme de visite marquée par des pauses-repères (répétition douce de gestes, de refrains, qui permettent de laisser à l’enfant le temps d’intégrer les choses, de le rassurer).
  7. Des supports, des outils qui permettent l’éveil par tous les sens, des supports souvent de grande taille, variés (pour capter l’attention des petits).
  8. 15 personnes maxi (adultes et enfants inclus).

Une formation-ateliers de 2 journées pour aller plus loin.

Marie TAMAILLON, anime une formation de 2 journées “Créer une visite animée pour les tout-petits“.

Les stagiaires y travaillent à :

  • Comprendre les capacités et les aptitudes des enfants de 0 à 6 ans.
  • Les besoins, les attentes des parents, des assistantes maternelles, des enseignants de maternelle y sont travaillées selon les propositions faites aux plus jeunes.
  • Une Visio-conférence avec un site expérimenté dans les visites des tout petits
  • Les ingrédients d’une visite réussie avec de très jeunes publics
  • Atelier de création d'une visite animée pour les tout-petits (scolaires et/ou familles) : découverte des différentes phases de construction d’une visite : les objectifs, l’accueil, la phase de sensibilisation, les découvertes sensorielles, les manipulations, les expérimentations...

En 2020, cette formation aura lieu les 8 et 9 octobre 2020 à Paris, rassemblant des professionnels de toute la France. Programme ici

Renseignements et inscriptions : Marie Tamaillon – 06 08 47 46 91 - marietamaillon@tams.fr