Post-confinement, lors des sorties hors de l’école, si on offrait aux enfants ce qui est essentiel ?

Depuis quelques semaines, au regard de ce que la crise sanitaire nous fait vivre, les avis divergent sur l’après. L’école sera-t-elle comme avant ? Certains pensent que rien ne sera plus comme avant pendant que d’autres voient déjà toute l’énergie dont ils vont devoir redoubler pour rattraper le temps perdu ! Et dans nos sites où les écoles viennent découvrir un ailleurs qu'en est-il ? Marie Tamaillon, propose un éclairage...

La distance a contraint l’école au changement, mais les enfants ont besoin de l’école en vrai !

Le temps scolaire en version confinement a imposé de nouvelles formes de pédagogies à distance, nécessitant de l’ingéniosité du côté des enseignants, afin de rester en lien avec leurs élèves. Du côté des enfants, certains ont pu s’adapter avec aisance à ce nouveau rythme pendant que d’autres, sans outil informatique ou en absence de soutiens, ont perdu pied dans cet isolement forcé.

L’injustice, les difficultés, l’exclusion étaient au rendez-vous de cette expérience.

En effet, si les enseignements scolaires et leurs contenus sont essentiels pour la formation du futur adulte, le confinement nous montre une limite : chaque être humain grandit et apprend, dans une communauté humaine bien réelle et non virtuelle. Il prend confiance en ce qu’il devient, avec et par les autres.

Et les technologies numériques ne remplaceront jamais ces liens indispensables de la vie en collectivité !

La vie à distance, c’est pas une vie !

Même si les élèves n’aiment pas toujours la classe, les leçons, les cours et les contrôles, explique Francois Dubet – sociologue*, la plupart d’entre eux aiment l’école parce qu’elle est le lieu de la vie sociale, des amitiés, de l’expression de soi et de ses goûts, et permet de s’affirmer à l’écart de ses parents et parfois de ses enseignants. La crise du Covid-19 a ainsi révélé que l’école connectée instruit sans éduquer et a replacé la valeur de “l’école à l’école“ !*

François Dubet s’y interroge sur l’utilisation du temps de l’école à l’école : l’école comme une prise en charge globale de la croissance de l’élève par la vie ensemble, par plus de “participatif“, de compréhension, de sens, de vie quoi !

Alors, après confinement, que faisons-nous de nos sorties scolaires, nos propositions pédagogiques hors de l’école ?

Nous sommes les lieux et les temps uniques de l’ouverture à l’inconnu.

Si cet épisode d’épidémie, laisse bon nombre de nos structures exsangues et en difficultés économiques, ce temps difficile nous redonne notre place. Nous sommes les lieux, les gens, les histoires où comprendre le monde. C’est chez nous que les enfants pourront demain continuer à apprendre à se positionner sur un thème majeur, à grandir par les rencontres et les expériences nouvelles, à mettre du sens dans des valeurs qui lui permettront de choisir d’avancer, en conscience, en confiance.

Ce qu’ils trouveront chez nous n’existera pas chez eux ni sur internet ! Voilà le critère premier de déplacement.

Si l’école est le lieu de la vie sociale, de la vie en communauté, des liens, de la pâte humaine, nos sites et nos patrimoines, nos espaces de culture, sont le lieu de l’ouverture, du neuf, de la beauté du monde.

Partir, à 30 minutes ou à 3 heures, c’est tout un monde !

Un séjour scolaire en montagne est l’occasion inédite de rencontres avec des métiers incroyables, comme un niviculteur, un berger d’alpage, un champion devenu moniteur de ski, un artiste qui peint des Poyas, un gendarme de Haute Montagne du PGHM… Il est aussi, pour chaque enfant, l’occasion de s’interroger sur son potentiel de passion qui lui est propre et qui sait, sera le temps de la révélation d’une vocation.

Quand un séjour devient l’occasion de vivre la différence comme une chance en s’appuyant par exemple sur un territoire frontalier avec un autre pays. Comprendre à travers l’histoire, la circulation des biens, des personnes, le climat, et le loup, la question brulante des migrants aujourd’hui, la solidarité, le partage et les échanges positifs entre deux cultures, c’est, au-delà de la découverte, permettre à chaque élève de vivre la richesse révélée par la frontière, la différence.

Une œuvre d’art dans un musée, au-delà de la compréhension de la pensée de l’artiste, de la technique, vient inviter chaque élève à une intelligence sur ce qui l’a touché, étonné, émerveillé et sur ce qui, à travers cette œuvre, continue à nourrir son regard sur le monde et sa relation aux autres.

 

L’éducation à l’art se fait par osmose plus que par un enseignement didactique“ nous explique Bernadette Moussy dans son livre “L’enfant et la beauté“ – elle-même professionnelle du secteur petite-enfance.Le partage se fait quand l’enfant est prêt, il réagit à sa manière et non pas forcément comme nous l’attendons. “

Une sortie scolaire, doit devenir une véritable école de la vie en invitant chaque élève à se révéler à la beauté, au sens du merveilleux par les rencontres, les découvertes.

L’apprentissage, par la découverte d’un milieu nouveau par les questions qu’il pose, est un support à la croissance de l’élève pour lui permettre de s’ouvrir au mystère de sa propre vie.

Un enjeu de sens pour relever ce défi dans nos propositions hors les murs.

Vivre et faire vivre ce qui est essentiel !

Alors cette crise sanitaire que nous traversons a peut-être été l’occasion pour chacun, personnellement, intimement, de raviver le lien avec son expérience essentiel de lien au mystère du monde.

Une telle crise, j’en suis persuadée, peut nous inciter à être chacun de plus en plus ajusté à qui nous sommes vraiment dans une recherche d’un avenir toujours meilleur.

Emmenons nos sites dans le flux de notre réflexion personnelle et inventons les expériences pédagogiques de demain, pour tous ces enfants, qui viendront chez nous découvrir la beauté du monde.

Marie Tamaillon, le 6 Mai 2020

 

* François Dubet - Cahiers Pédagogiques du 20/04/2020 : https://www.cahiers-pedagogiques.com/Apres-le-virus-l-ecole-sera-t-elle-comme-avant