LA QUÊTE DE BEAUTÉ, AU CŒUR DE L’APPROCHE SENSIBLE DES PATRIMOINES.

“En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques,
parler de la beauté peut paraître incongru, inconvenant, voire provocateur.
Presque un scandale.

Mais en raison de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal,
la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. (…)
Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité de la destinée humaine.“

François CHENG – écrivain, poète

Voyager pour revenir transformé…

Se baigner en nature pour se reconnecter…
Toucher, dessiner, explorer avec tout son corps les patrimoines historiques…
Les publics sont aujourd’hui en quête de beauté et de sens. Les expériences ludiques sont aujourd’hui un pallier,mais le public recherche comme une “rencontre sacrée“ qui réveille la beauté intérieure de chacun, dans des pédagogies de visites qui mobilisent ses émotions, son éthique et le sens qu’il donne à sa vie.
C’est une bonne nouvelle, et nous voulions vous en parler…

Du tourisme expérientiel au tourisme transformationnel…

Selon le Transformational Travel Council, le voyage transformationnel constitue une expérience qui offre aux publics d’effectuer des changements significatifs et durables dans leur vie. Il s’agit de voyager avec une ouverture d’esprit et de s’engager physiquement tout en prenant du temps pour une réflexion personnelle.

Les voyageurs sont poussés hors de leurs zones de confort et trouvent le courage et la force de surmonter des défis physiques, psychologiques ou émotionnels.

Donner de la valeur à son expérience par l’amélioration de soi

Il y a un avant  et un après  le voyage. C’est dans cette perspective que se situe la différence entre le tourisme expérientiel et le tourisme transformationnel ; une expérience vécue pendant un voyage peut être un très beau moment, mais ne modifiera pas nécessairement la manière de voir la vie ou de comportement au retour à la maison. La quête d’un changement fait partie du voyage. On voit d’ailleurs naître des start-up positionnées sur cette tendance – cf Demain-Dehors

En nature, reconnexion au placenta originel…

La nature que l’on voit s’effacer apparait urgemment comme Gaïa – “maison/mère“…
Le public prend conscience qu’il fait partie du vivant et les effets thérapeutiques de la nature sur la santé physique et mentale sont de plus en plus documentés. S’y retrouver réduit la colère, l’anxiété et tend à améliorer le système immunitaire, augmenter les émotions positives, en apportant calme et vitalité.

Le “bain de forêt“ est un temps de ressourcement où tous les sens sont sollicités et l’expérience devient thérapeutique.

Les visites conscientes en pleine nature visent à porter toute sa concentration sur le moment et l’esprit du lieu. On propose de nouvelles activités : randonnées en silence, entraînements favorisant la production de sérotonine, l’hormone du bonheur, le yoga du rire, la méditation…

Les patrimoines, terres d’humanité, questionnent souvent le sens et l’éthique du visiteur.

Une demeure historique, une ville, un palais, un style, sont des créations humaines, témoins d’un chemin, d’une histoire. Des femmes et des hommes y ont vécu, pris des décisions, vécu des aventures qui questionnent. Mais les patrimoines sont aussi des lieux, des paysages, des sites, des matériaux, des œuvres d’art, des matières. Le visiteur y adore imaginer, toucher, s’aventurer, se perdre, contempler, se croire d’ici ou pas, écouter, admirer, se questionner.
Comme en nature, il cherche une connexion, être un peu d’ici, quelques minutes sortir de sa peau de touriste et vivre le passage dans un autre temps. Le seul discours magistral du guide ne lui suffit plus, il attend d’autres processus d’apprentissage que le seul processus cognitif.

L’approche sensible, comment ça marche ?

L’approche sensible propose un contact direct avec l’œuvre d’art ou l’objet à découvrir en créant une empathie. L’attention est d’abord mobilisée par un exercice d’émerveillement. Puis suit une exploration avec son corps, qui génère des ressentis profonds, qui poussent des émotions et beaucoup de plaisir.

Dans l’univers des musées, de l’art, il fut trop souvent interdit de toucher, de rire ou de parler, et c’est là que le caractère souvent transgressif de l’activité sensible va offrir une délicieuse sensation de liberté au visiteur.

La parole se libère, les questions fusent et un dialogue nait avec le guide-animateur.

Expérience Agen 2023, découverte d’une architecture par l’approche artistique.

La cathédrale Saint-Caprais d’Agen présente plusieurs particularités architecturales : son abside romane est prolongée par un vaisseau gothique à une seule nef. Remplaçant un ancien campanile en bois, le clocher actuel présente la particularité d’être composé des trois éléments stylistiques gothiques.
La pédagogie choisie par le guide conférencier pour faire découvrir cette architecture est le dessin à la craie de trottoir. En 15 minutes et dans une succession de consignes de dessin simplissimes, chacun des visiteurs aura dessiné la cathédrale. Après la peur de la première seconde, succède le plaisir transgressif de dessiner au sol dans l’espace public. Le corps mémorise toute la façade de l’église, l’œil repère des détails, c’est tout le corps qui apprend. Les passants s’arrêtent croyant à un lâcher d’artistes. Après l’expression du plaisir de dater et signer son œuvre au sol, vient le temps de l’interprétation où ce sont les visiteurs eux-mêmes qui posent des questions au guide. Un dialogue s’engage entre le “spécialiste“ du lieu et ses élèves qui apportent leurs interprétations, leurs étonnements. L’expérience sensible du dessin a tissé un lien affectif, une empathie entre l’architecture et eux-mêmes.
Formation Tams Visites décalées

L’approche sensible, une autre manière d’être guide…

Il était 10h30, ce 19 février 1984 et la neige nous fouettait le visage.
Un fort vent du nord balayait la neige poudrée que soulevaient nos skis à chaque pas.
Devant nous, le col du Bonhomme, 2329m, et le soleil déjà haut à gauche, derrière la Cime des Fours.
Le paysage s’élargissait devant nous en arrivant au col et le décor qui s’ouvrait était du grand spectacle, une poudreuse virevoltante rendant l’ambiance féérique. Mon compagnon de montée marchait derrière moi. C’était sa première sortie de ski de rando. Je fis un pas sur le côté et lui proposais de passer devant pour finir les 80 derniers mètres. Seul face au vent et à la beauté, mon compagnon fut touché en profondeur, et la beauté du lieu rencontrait son attente intérieure de beauté.
40 ans après ce matin-là, il m’en parle encore, comme une expérience merveilleuse, seul face à la beauté.
J’avais découvert ce jour-là ce que guider veut dire pour moi : faire passer devant, face à la beauté.

La beauté n’existe que dans le dialogue vivifiant entre la beauté nichée au cœur de soi et la beauté croisée ce jour-là.
Il n’y a beauté que s’il y a salutation.
il n’y a beauté que s’il y a caresse.
La beauté naît de la rencontre entre deux beautés,
la beauté est une rencontre sacrée.

Bruno Tamaillon – Juin 2023

A lire : Devant la beauté de la nature – Alexandre Lacroix – Allary Editions et aussi L’Approche sensible en éducation à la nature – fcpn.org

Remerciements aux stagiaires de la formation MONA – Agen 2023 photos©tams

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